Ce que j’ai appris en Afrique ou pourquoi il faut voyager, à tout prix !

Canoe in Guet Ndar-Saint Louis du Senegal

« Les hommes sont malheureux parce qu’ils ne réalisent pas les rêves qu’ils ont. » ~ Jacques Brel

En décembre 2014, je suis partie en Afrique. C’était mon rêve depuis déjà quelque temps et après une longue réflexion, presque au dernier moment, je me suis décidée à faire un stage de sabar, une danse sénégalaise, avec ma professeur de danse Yama Reine de Sabar.

J’en suis ravie et extrêmement reconnaissante. Ce fut mon premier voyage en Afrique noire. Avant, j’avais quitté l’Europe une fois seulement : pour aller en Tunisie. C’était un voyage enrichissant mais touristique et il ne m’a pas vraiment permis de découvrir la vie quotidienne des autochtones.

Je suis attirée par l’Afrique : sa culture, surtout la danse et la musique, depuis l’année 2007. Ce continent m’appelait, sans que je puisse en préciser les raisons. Mon voyage de 15 jours, à Dakar et en Casamance, m’a aidé à saisir ce que je pressentais auparavant, sans pour autant pouvoir le nommer. Voici quelques découvertes précieuses faites suite à ce périple dépaysant et libérateur.

La peur et la curiosité : un réel combat !

« La curiosité est un trait de caractère du reporter. Il y a des gens que le monde n’intéresse pas du tout. Ils considèrent leur univers comme le centre de la Terre. C’est une vision comme une autre. Confucius dit bien que la meilleure façon de connaître le monde consiste à ne pas sortir de chez soi. Il y a une part de vérité dans ce postulat. Il ne faut pas nécessairement voyager dans l’espace.. On peut voyager à l’intérieur de son âme. Le voyage est un concept extensible et varié. Il existe toutefois des gens qui ont besoin de connaître le monde dans sa diversité ; cela fait partie de leur nature. Ces gens sont peu nombreux. » ~ « Autoportrait d’un reporter », Ryszard Kapuscinski

Avant de partir, j’ai hésité, je me suis posé des dizaines de questions, j’ai consulté un certain nombre de personnes, je me suis renseigné sur internet. Si je ne connais pas quelque chose, ça me fait automatiquement très peur au point de me freiner dans mon élan. Me renseigner m’a aidée donc c’est toujours une bonne chose à faire mais souvent j’exagère largement les difficultés potentielles à venir. J’ai honte de l’admettre : j’avais peur de tomber malade, me faire agresser toutes les 5 minutes si je me baladais seule dans la rue, me faire voler mon argent, mes lunettes, mon appareil photo. Je craignais le palud et plein d’autres maladies dont la description détaillée vous sera épargnée, surtout le fameux virus Ebola. Finalement, la curiosité et le goût de l’aventure étaient plus forts que la peur. Je suis partie et… j’ai eu juste une courte réaction allergique de la peau à la chaleur qui a disparu au bout de quelques jours et j’ai ressenti une légère indigestion pendant à peine une journée. Je ne me suis même pas fait piquer par les moustiques ; lors de mes courtes balades en journée, en solitaire, j’ai eu le droit à quelques commentaires plutôt agréables ; enfin, j’ai vite appris à m’écouter et à doser la nourriture locale (délicieuse et très épicée !) selon mes capacités digestives. J’espère qu’une prochaine fois je garderai la tête sur mes épaules sans me la couper complétement par des angoisses excessives. 😀

Le ressenti

Trust Your Own Instincts Concept

« Les continents se réfèrent à des valeurs différentes : la pensée en Europe, la parole dans le monde Arabe, le geste en Inde, le signe en Chine et au Japon, le rythme en Afrique. » ~ Anonyme

Depuis quelques années, j’apprends à nouer un lien plus fort avec mon ressenti, à capter les signaux qui ne viennent pas de l’intellect mais plutôt du corps. J’essaye d’écouter mon cœur et mes émotions ; de faire confiance un peu plus à mon côté irrationnel et de lâcher de trop nombreuses explications logiques. Même si j’ai fait beaucoup de progrès, il me reste encore beaucoup à apprendre. L’une des manières d’apprivoiser la sagesse de l’instinct est la danse, d’où l’idée de partir au Sénégal afin d’apprendre le sabar. J’ai à peine commencé à ressentir le rythme à la fin de mon séjour ! 🙂 Mais quelle satisfaction quand on y va, malgré les doutes, quand les pas font sens avec la musique et quand le dialogue entre le danseur et les musiciens se créé, petit à petit ! Au Sénégal, les personnes que j’ai rencontrées venaient d’un quartier populaire de Dakar. C’était un milieu artistique plein de musiciens et de danseurs. Ils étaient particulièrement créatifs, instinctifs et ouverts au ressenti mais un ami m’a dit que tout le Sénégal respire le sabar, la musique et le rythme. Cela fait partie de la culture et même si tout le monde ne sait pas danser, le côté irrationnel, instinctif est beaucoup plus développé au sein de la population sénégalaise qu’en Occident. Nous, les occidentaux parfois arrogants, les grosses-têtes (je suis la première à le penser, je suis trilingue donc je devrais avoir une attestation prouvant mes capacités intellectuelles hors pair !), sommes des êtres cérébraux et rationnels. L’intellect et la logique sont nos capacités fortes dont nous pouvons être fiers, néanmoins, nous gagnerons en efficacité et en sérénité, si nous laissons notre intuition, notre cerveau droit, notre imagination et notre ressenti nous parler un peu plus fort. De la même manière les Africains pourraient développer leur côté rationnel un peu plus ce qui leur permettra de mieux structurer leurs projets. En bref, nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres ! Mon objectif est de continuer à ouvrir mes capteurs au ressenti et aux émotions et cela via le travail avec le corps – danse, massage, etc. C’est une sagesse inouïe qui est à notre portée, si seulement nous avons l’envie et le courage d’y prêter attention.

On est ensemble

endless love

« La culture africaine est une culture de l’échange. Si on me donne quelque chose, je dois le rendre. C’est un devoir, engageant ma fierté, mon honneur, ma qualité d’homme. C’est dans l’échange que les relations humaines prennent leur forme la plus noble. » ~ « Ebène – Aventures africaines », Ryszard Kapuscinski

Ce que j’ai le plus adoré au Sénégal et très probablement tous les pays d’Afrique sont concernés, c’est la force de la communauté. Le Sénégal est un pays plus pauvre de point de vue matériel que la France ; par contre, sa richesse humaine est impressionnante ! C’est d’ailleurs difficile de passer un moment en solitaire mais c’est possible, surtout tôt le matin quand tout le monde dort 🙂 ; j’ai vécu dans le quartier populaire de Dakar, Gueule Tapée où tout le monde se connaissait ; j’avais du mal à retenir les prénoms de toutes les personnes qui passaient par l’appartement où on se retrouvait pour discuter ou manger. Les Sénégalais, au contraire, retenaient facilement les prénoms du premier coup. J’étais stupéfaite ; cela démontre leur hiérarchie de valeurs : beaucoup plus centrée sur l’humain que sur le business ou l’argent. De plus, ils sont très ouverts et généreux dans la relation, aussi bien dans leur écoute que dans le contact physique : les accolades, les serrements de mains, les bisous, les sourires ; le langage corporel est assuré, ouvert et accueillant, tout le contraire de ce qu’on voit dans le métro parisien ! Ils se soutiennent entre eux, ils se taquinent, il y a des réelles sympathies et des animosités mais surtout il y a beaucoup de respect, de la présence et d’attention portée vers l’autre et soi-même, si importants dans le contact. J’ai profondément aimé la vision de l’homme en tant qu’un élément faisant partie d’un système beaucoup plus large, un réseau familial qui n’a rien avoir avec la famille nucléaire, si répandue en Occident. C’est une communauté fière, soudée et solidaire à la fois moralement et financièrement. S’il y a un évènement important tel qu’un mariage ou un baptême, tout le monde est bienvenu : il y a à manger et à boire pour 3 jours pour tous les invités ! Le « froid » occidental (non, je ne parle pas de l’hiver !) ne me correspond plus. Même si je tiens à ma liberté, le séjour en Afrique m’a fait comprendre que les relations comptent le plus au monde et que nous sommes tous dépendants les uns des autres, nous sommes tous connectés. Ma professeur de danse Yama m‘a même dit une fois : « tu ne peux même pas te faire enterrer toute seule, même pendant tes derniers instants sur terre tu as besoin des autres ». En effet, sans mes parents, sans mes ancêtres, je ne serais pas là ; tout ce que j’ai appris dans ma vie, je l’ai appris grâce aux autres. Imaginez-vous sur une île paradisiaque, mais déserte, quel malheur ! Tout est relation, tout est communication, avec les autres et avec soi-même. C’est la communauté qui nous fait avancer, qui nous donne de l’amour et qui le reçoit. Trouver et accepter sa place dans ce vaste système de connexions (de plus en plus global !) est primordial. Nous sommes liés et comme disent les Africains : « on est ensemble », à savoir ce que nous construisons ensemble est beaucoup plus grand et a plus de valeur qu’une simple somme de toutes les contributions individuelles. En bref, si tout le monde s’implique, un puissant effet de synergie s’instaure. Sans discuter de la réalité physique ou non des expériences de mort imminente, les personnes qui l’ont vécue, ont changé complètement leur vision des choses ; leur constat est souvent le même : ce qui compte, c’est l’amour qu’on donne et qu’on reçoit ; être empathique, généreux et bienveillant envers l’autre.

 Un nouveau regard sur mon environnement

African fabrics from Ghana, West Africa

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. » ~ Marcel Proust

Le voyage était dépaysant, intense et riche en découvertes, en prises de conscience et en émotions. Cela m’a permis de faire un état des lieux de ma vie parisienne. Je ne voulais pas rentrer, je voulais rester encore un peu plus longtemps au Sénégal, je fantasmais : je rate mon vol ou une grève des pilotes m’oblige à prolonger mon séjour. Dans le taxi qui m’emmenait à l’aéroport, l’émotion était forte : les larmes coulaient, coulaient, coulaient… Le chauffeur n’a rien compris mais nous avons réussi à discuter un peu à la fin du trajet. 🙂 Cette distance géographique m’a sorti de mon train-train quotidien et j’ai senti à quel point j’avais besoin de changement. Je ressens une énergie forte et j’ai peur de faire des erreurs mais si je ne bouge pas, je le regretterai. De plus, j’ai besoin de raconter de belles histoires à mes futurs petits-enfants, j’ai envie de leur transmettre des vrais récits remplis de grâce, de courage, d’aventure et d’amour. 🙂 Le moment est venu et la décision est prise. J’ai peur (comme vous pouvez le voir, j’ai peur de plein de choses, je me fais peur moi-même, pire que mon chat.. !) d’oublier ce que j’ai appris et ce que j’ai ressenti au Sénégal, de reprendre, comme si de rien n’était, les bonnes vieilles habitudes, de mettre le train à nouveau sur les rails (oui, l’Afrique fait dérailler !). Mais je me fais de plus en plus confiance et je sens que la vie est de mon côté ! Également, au fond de moi je sais que cette expérience restera pour toujours dans mon cœur et va m’aider à y voir plus clair. En bref, une légère réorganisation de mes priorités s’opère et je ressens un besoin de liberté et de connexions tellement fort que rien ne m’arrêtera, sauf, peut-être moi-même.

Meilleure connaissance de soi

Transport in Africa 

« Si on tombe sur un bitume de bonne qualité, le trajet peut être parcouru en une heure. Si on a affaire à une route abandonnée et impraticable, il faudra un jour de voyage, voire deux ou même trois pendant la saison des pluies. C’est pourquoi en Afrique, on ne dit pas : ‘c’est à combien de kilomètres?’ Mais plutôt : ‘il faut combien de temps?’ En regardant machinalement le ciel. » ~ « Ebène – Aventures africaines », Ryszard Kapuscinski

 La distance géographique et émotionnelle offre un nouveau regard permettant de mieux se connaître. Me retrouver dans un nouveau contexte m’a fait découvrir de nouvelles choses sur moi-même. En Afrique de l’Ouest, j’étais souvent « à l’ouest ». Je me suis « perdue » de nombreuses fois, je ne savais pas quoi penser ou comment me comporter. De plus, j’ai aussi fait l’expérience très salutaire de sortir de mon confort : prendre une douche tiède tous les jours (quand j’ai pris une douche avec un seau d’eau chaude, ce fut un long moment de pur bonheur luxueux !), passer 30 heures dans un car, y compris quelques heures sous le soleil pétant et presque m’évanouir, dormir sur les valises, sur le toit d’un bus, me rendre compte que même si j’ai fait un marathon, je ne suis pas aussi forte que ce je pensais car les enfants avaient plus de patience lors du trajet en bus Dakar-Casamance que moi. En effet, inspirée par Christine Lewicki, je porte haut et fort la bonne parole: « Ensemble, arrêtons de râler et célébrons la vie dès maintenant ! ». Néanmoins, moi-même, dès que je suis fatiguée, quand j’ai chaud et quand je suis au bout de mes limites physiques ou émotionnelles, je râle, je fais la tête et je deviens insupportable : je me comporte en petite fille perdue et capricieuse. En bref, les bonnes paroles et les belles aspirations s’envolent. Cette expérience m’a appris l’humilité.. 🙂

Par ailleurs, notre bus était beaucoup plus confortable que celui que vous voyez sur l’image. 🙂

Reconnaissance

Gracias (thank you in Spanish) with two red wooden hearts

« La structure de l’humanité est marquée par le sceau de l’inégalité. A l’heure actuelle, nous n’avons pas les moyens – et nous ne sommes pas près de les avoir – de vaincre cette inégalité. Même si personne ne le reconnaît, les hommes ne croient pas que chacun pourrait avoir un niveau de vie relativement convenable. Notre expérience historique montre que seule une partie de l’humanité peut vivre convenablement. Par conséquent, nous savons que nous entrons dans le XXIe siècle avec l’injustice. Et j’estime que celui qui voyage et voit les deux côtés de la médaille a le devoir d’écrire à ce sujet. » ~ « Autoportrait d’un reporter », Ryszard Kapuscinski

Au Sénégal, j’ai vécu la même chose que quand j’ai quitté ma Pologne natale pour m’installer en France en septembre 2007. Après une phase de « bisounours » où tout me paraissait extraordinairement beau (surtout les gens dans la rue, essentiellement les hommes entre 20 et 30 ans..), j’ai ressenti une nostalgie envers ma ville, mes amis, ma famille, la nourriture locale, le fait de pouvoir communiquer sans efforts (et sans accent !) dans ma langue maternelle ; je me sentais fatiguée car le processus d’adaptation n’a pas été fini (je crois que ce n’est jamais fini à 100%) mais je ressentais une excitation et une reconnaissance profondes pour tout ce que la France m’offrait et tout ce qu’en Pologne était inaccessible : la beauté, plus exotique et tellement diversifiée, du pays et des gens (pas uniquement des hommes !), le fait de me sentir libre et dans mon élément, une certaine douceur de vivre (y compris les températures plus agréables qu’en Pologne) et plein d’autres choses. J’ai remarqué une simple banalité mais j’étais fière et j’en suis toujours : aucun pays n’est parfait (le Sénégal non plus, hélas !), chaque environnement offre un certain nombre d’avantages et de désavantages. En France, le confort de vie est extraordinaire et je le vois plus clairement après mon court séjour en Afrique. Ce voyage m’a remis les idées en place. Les frustrations quotidiennes ont perdu de leur importance, elles me paraissent maintenant plus de l’ordre des caprices d’une fille gâtée. Ouvrir le réfrigérateur rempli de victuailles et manger un bout de baguette au fromage, prendre une douche chaude ou même pouvoir écrire cet article dans le confort de mon bureau a beaucoup plus de goût et d’intensité qu’avant. Je me répète – nous avons de la chance, en France ! J’espère que ce sentiment de reconnaissance pour toute l’infrastructure et tous les outils mis à ma disposition ne me lâchera plus. Si c’était le cas, je partirais à nouveau en Afrique pour danser, voyager, découvrir et nouer des liens localement. Enfin, ça donne envie d’aider et de partager sa richesse mais c’est un tout autre débat !

Toutes les bonnes choses ont une fin ou le retour

« Le voyage est un retour vers l’essentiel. » ~ Proverbe tibétain

Ce qui est le plus beau dans le voyage, c’est qu’il nous change. Nous déposons nos bagages, nous lâchons quelque chose derrière nous et nous nous nourrissons les yeux, le cœur et l’estomac (il a intérêt à être fort !). Nous partons, nous dépassons nos peurs, nous sortons de notre cocon pour aller à la rencontre de l’autre dans son environnement, nous nous perdons, nous sommes à l’ouest, notre regard change, nous ressentons plus, nous nous retrouvons avec nous même ce qui nous permet de voir plus clair dans notre quotidien. «  Rester serait mourir un peu » comme dit Tété dans sa belle chanson : quand nous partons, nous nous ressourçons, nous changeons de peau (mon allergie à la chaleur tout au début de mon voyage me le fait ressentir encore plus!) ; en bref, c’est une renaissance. C’est un vrai voyage initiatique donc partez, découvrez, explorez, lâchez ce qu’il faut lâcher et accrochez-vous, ça va secouer mais rassurez-vous, vous retournerez à votre port en douceur, la tête remplie de beaux souvenirs de rencontres, de goûts, de paysages, de ressentis, d’émotions, de découvertes…

Bon vent, l’aventure a commencé !   A très vite !

SabiNa Paulina

  • Qu’est-ce que vous en pensez ?
  • Avez-vous eu les expériences de voyages similaires ?
  • Comment voyez-vous l’Afrique et le Sénégal en particulier ?

Merci de vos précieux commentaires qui m’enrichissent et qui me permettent d’apprendre à mieux écrire, à partager avec plus de clarté et à apporter plus de valeur.

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Le sabar tel que je commence à le ressentir

En décembre 2014, je suis partie au Sénégal avec Yama Wade, Reine de Sabar, pour faire un stage de danse, voici ce que j’ai découvert sur le sabar. La réflexion qui suit est un début de compréhension et il est fort probable que cette vision évolue.

J’espère que ça vous donnera envie de D A N S E R !

Une conversation en musique

Le sabar désigne à la fois un instrument : une percussion en bois, et une danse sénégalaise. Le sabar se distingue des autres danses de l’Afrique – la respiration requise par le rythme est différente, le temps ou l’accent est « en l’air ». De plus, c’est une véritable rencontre entre le musicien et le danseur. Les deux conversent via la musique et cette discussion est complètement unique car improvisée dans « ici et maintenant ». Le musicien parle grâce au son du tambour, le danseur s’exprime via « la respiration » de ses pieds, de ses poignets, de ses bras et de ses genoux. Le sabar englobe un ensemble de codes et de règles, offrant une multitude de possibilités à toute personne sensible à son rythme.

 José Manuel Carreira Jaunsolo

Beaucoup plus que la danse

Ce que j’aime en particulier dans le sabar, c’est son côté mystique car c’est plus qu’une danse ou un ensemble de mouvements rythmés. Ce qui compte c’est la justesse des mots, l’énergie, le ressenti, l’intention, l’honnêteté d’expression, l’authenticité de la rencontre, la respiration, l’irrationnel… Si ces éléments sont réunis la danse devient juste, claire et élégante. L’énergie est à la fois puissante et légère, une certaine flexibilité et élasticité se ressentent ; rien n’est forcé, le danseur ne fait pas d’effort mais se laisse guider pas son intuition et son ressenti, ses tripes et son inconscient. Par ailleurs, seule la décision d’aller à la rencontre de l’autre, en se laissant guider par son inconscient, permet de respecter le temps musical : dès que la tête prend le dessus, le corps s’arrête. La réflexion tue l’expression juste et spontanée de l’âme, de l’inconscient, de l’énergie vitale du danseur. En même temps, le danseur, aussi irrationnel soit-il, se doit de respecter les règles et contenir la force qui le traverse, sinon son langage devient éparpillé, saccadé, imprévisible et incompréhensible ; ses phrases n’ont plus de sens.

Le sabar, utilisé jusqu’à aujourd’hui à des fins thérapeutiques, dépasse la notion de la danse, c’est une démarche globale : philosophique, psychologique et spirituelle.

Le sabar aide le danseur à trouver les trésors enfouis dans son cœur, il nettoie les émotions refoulées. Le sabar exige l’authenticité dans la relation, la clarté et l’honnêteté de la parole, une excellente connaissance de soi, l’acceptation de son côté irrationnel et de son ressenti. C’est un cheminement de toute une vie, rempli de questions, de doutes, de prises de conscience, de blocages, de surprises, d’émotions fortes, de la peur, de la joie… C’est un outil de développement personnel qui améliore la relation à soi et a à la communauté. C’est une démarche spirituelle qui permet de trouver sa place, unique et juste, dans le monde. Grâce à la pratique de sabar nous accédons à plus d’amour et plus de gratitude pour chaque respiration, chaque expérience, nous apprenons à lâcher prise, nous avons plus de confiance en la vie et en nous-mêmes. C’est une forme de méditation en mouvement qui apaise et rééquilibre, qui nettoie et qui régénère, qui soigne et qui cicatrise. C’est une expression de notre singularité car il y a autant de styles de sabar que de danseurs.

PLAGE VF

Chemin vers l’amour, vers la vie

Ce rythme touche ce qui est le plus profond dans mon être et je ne sais pas exactement comment cela s’opère. Je pressens que c’est une voie de libération et de liberté. Je pressens qu’il offre un voyage initiatique vers les tréfonds de mon âme et une sensation de lien avec le monde où l’expérience se fait à la fois dans l’individualité et dans ce qui est universel en nous, car propre à chaque être humain, voire à chaque être vivant. C’est une expression de vie et la vie m’attire, j’ai envie de mieux me connaître, de ressentir plus, d’aimer plus, de donner et de recevoir spontanément et avec joie, de voyager dans d’autres dimensions de conscience, de communiquer avec l’au-delà, oui, c’est beaucoup et cela paraît bizarre, même pour moi qui l’écris. Le sabar nous met en contact avec une force incompréhensible qui nous dépasse et qui nous fait peur, et pourtant, elle coule dans nos veines : c’est elle qui nous fait respirer, malgré nous, durant chaque instant de notre vie et c’est elle qui nous accompagne en douceur jusqu’à la fin. Le sabar nous enseigne à nous aimer, à aimer les autres, à aimer la vie, à honorer ce qui est vivant en nous, à accueillir ce qui arrive, à avoir confiance, à se laisser guider par notre ressenti, à être présent, à mieux communiquer avec nous-même et avec les autres.

Les avantages sont multiples et beaucoup est demandé pour y accéder : de la patience, de la persévérance, une ouverture d’esprit, une écoute attentive, un désir ardent, une attitude de recherche d’un éternel débutant qui reste humble, curieux et confiant.

Un grand MERCI à Yama Wade, Reine de Sabar, de m’avoir éclairci sur le sabar, tel que sa grand-mère lui a enseigné et qu’elle transmet depuis de nombreuses années avec joie, passion et générosité à ses élèves. J’ai la chance d’en faire partie depuis septembre 2014 et j’inspire profondément quand je pense à tout le chemin à parcourir afin de ressentir et d’exprimer le sabar.

Pour que la force et la douceur du sabar soient avec vous !

Explorez !

Et si le sabar ne vous inspire rien du tout et que vous pensez que j’ai perdu la tête (vous n’avez pas tort), cherchez, explorez, expérimentez : la danse, le sport, l’activité, le rythme, l’occupation qui vous éveille à la vie, qui vous appelle et qui vous fait vibrer de joie, vous donne de doux frissons au dos. Une activité épanouissante vous nourrit donc bénissez et savourez ce repas sacré !

Bon vent et je vous souhaite plein d’amour sur ce chemin de découverte personnelle !

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– Qu’est-ce que vous en pensez ? Avez-vous eu des expériences similaires avec d’autres activités ?
– Pour ceux qui pratiquent le sabar, comment vous le voyez ? Qu’est-ce qu’il vous apporte ?
– Enfin, Yama, si tu lis ces mots – je pense fort à toi et je te remercie pour tes commentaires ; s’il y a des choses que je n’ai pas bien comprises, je serai ravie d’en discuter ! Jërëjëf !

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