Comment apprivoiser et cultiver la chance ?

Stars of Vicuna, Chile

« Il n’y a personne qui soit né sous une mauvaise étoile, il n’y a que des gens qui ne savent pas lire le ciel. » ~ Dalaï Lama

Est-ce que tu te considères comme quelqu’un qui a de la veine ou plutôt quelqu’un qui est né sous une mauvaise étoile ? De quoi dépend la chance : du hasard, de l’univers, de notre humeur ?

La chance, ce facteur de réussite politiquement incorrecte, est souvent perçue comme instable, fragile, capricieuse, imprévisible et incontrôlable, en bref elle a une très mauvaise réputation, pire qu’une femme indisposée. 🙂

En effet, parfois la chance nous tombe littéralement du ciel. Quand nous sommes promus contre toute attente, même si nous n’avons rien demandé, simplement parce que le concours de circonstances favorables en veut ainsi. L’homme essaye de charmer ce type de chance depuis des siècles. Par conséquent, le marché des porte-bonheurs fleurit et les Français, malgré les avancés de la science, évitent de passer sous une échelle (40%) ou d’ouvrir un parapluie dans une pièce (33%).

Même si certains disent que le hasard n’existe pas, la pure chance sans aucune action de notre part fait bien partie de notre expérience. Cependant, certaines personnes cumulent les heureux évènements et d’autres les coups durs. Quand la chance ou la malchance est une affaire de répétition, elle sort du domaine des aléas du destin. Elle devient une compétence, une compétence qui s’apprend et qui se développe.

Comment apprendre à tirer profit des circonstances favorables plus souvent ? Richard Wiseman, Douglas Miller et Philippe Gabilliet nous en donnent les clés.

Présence

« La vie est trop courte pour qu’on soit pressé. » ~ Henry David Thoreau

Les personnes chanceuses ont une forte capacité à être ici et maintenant, afin de profiter au maximum de leurs facultés d’observation. Elles sont détendues et prêtes à accueillir tout ce qui arrive. Les malchanceux sont, à leur tour : stressés, pressés, anxieux vis-à-vis de l’avenir ou en pleine rumination par rapport à leurs difficultés passées. La disponibilité intérieure, une attitude décontractée et ouverte, maitrisée parfaitement par les praticiens de la pleine conscience, augmente notre capacité à percevoir les opportunités. En bref, être calme, prendre le temps d’apprécier ce qui se passe autour de nous, avoir les yeux et les oreilles bien ouverts est porteur de chance !

Intuition

« L’intuition est une vue du cœur dans les ténèbres. » ~ André Suarès

Les personnes fortunées prennent les bonnes décisions rapidement. Elles savent peser le pour et le contre, lister les faits et en aucun cas ne négligent pas ce que leur dit leur tête. En plus d’écouter leur intellect, elles profitent de leurs capacités intuitives. Elles utilisent tous leurs sens et prennent en compte leur ressenti. Elles se connectent à la fois à leur tête, leur corps et leur cœur, et bien sûr l’internet! 🙂

Intention forte

« La chance ne sourit qu’aux esprits bien préparés. » ~ Louis Pasteur

Les gens nés sous une bonne étoile sont animés par un projet, une mission ou un rêve. Ils savent ce qui leur est cher, ils ont un objectif lié à leurs valeurs et aspirations profondes. C’est grâce à cette intention forte que le monde et les circonstances deviennent porteurs de sens. En effet, notre cerveau fonctionne comme un missile à tête chercheuse : si nous rêvons d’apprendre la danse au Sénégal (c’est mon cas et c’est en cours !), nous commençons à percevoir les articles sur ce pays dans la presse, les annonces des festivals ou des stages de danse, nous rencontrons des personnes qui y sont allées ou vont le faire. Cette intention forte sculpte notre quotidien et focalise notre attention sur ce qui est important pour notre projet. Cela nous rend vigilants et par conséquent, nous sommes plus aptes à attirer la chance. C’est comme si nous avions des antennes ultra puissantes ou des lunettes avec un filtre très précis nous permettant de repérer les informations importantes, de cartographier le territoire en fonction de ce qui nous anime.

Innovation

« On roule confortablement sur l’autoroute de la vie, protégé par la ceinture de sécurité de nos certitudes et l’airbag conducteur de la routine. » ~ Dave Barry

Ceux qui ont souvent la baraka, se poussent constamment à faire des choses autrement. Ils sont attirés par la nouveauté et fuient la routine à tout prix. Ils sortent de leur zone de confort, développent leurs capacités d’explorateurs et d’aventuriers. Ils expérimentent, littéralement : ils tentent leur chance dans de nouveaux territoires géographiques, humains, de connaissance, etc. Ils ont une ouverture d’esprit détendue leur permettant d’aller vers l’inconnu avec joie et enthousiasme. En effet, si nous voulons avoir de nouveaux résultats, il faut faire des choses autrement. Selon Einstein « la folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent ». Par exemple : afin de trouver une nouvelle information, au lieu de demander auprès des mêmes personnes dans les endroits connus, allons à la chasse auprès des étrangers, dans des coins plus exotiques, nous aurons plus de chance de découvrir une pépite !

Attitude positive

« Nous ne voyons pas les choses comme elles sont, nous les voyons comme nous sommes. » ~ Anaïs Nin

Les collectionneurs des coups de chance sont d’éternels optimistes. Ils croient que l’univers entier, rempli de forces mystérieuses, conspire à leur avantage. Ils se fixent des objectifs ambitieux car ils savent que la réussite viendra tôt ou tard. En effet, cette attitude positive forte fonctionne comme une prophétie auto réalisatrice et met la chance de notre côté. Si nous sommes persuadés que le monde abonde en opportunités et nous souhaite le meilleur, nous allons attirer les bonnes personnes, les bonnes demandes, les bonnes informations, en bref, notre cerveau va tout faire pour confirmer cette attente. Au contraire, si nous avons une croyance négative intense : nous ne sommes pas dignes d’amour, d’abondance, de joie ou nous portons la poisse, nous allons ignorer les bons évènements ou les percevoir comme instables, improbables et insignifiants et accentuer tout ce qui nous arrive de travers. Plus nous nous sentons chanceux, plus nous le sommes. C’est notre pouvoir créateur, certains disent qu’il est sans limites dans les deux directions – positive et destructrice, je suis plus prudente mais je crois fortement que le monde ressemble à un miroir où nous voyons se refléter nos attentes, nos pensées, nos croyances. Soyons vigilants sur ce que nous nous mettons dans nos têtes et utilisons notre pouvoir créateur à bon escient !

luckRésilience

« Jette le chanceux dans la rivière, il en ressortira avec un poisson dans la bouche. » ~ Proverbe arabe

C’est le point que je chéris particulièrement. En effet, je viens de Pologne, un pays dont l’histoire regorge de souffrance qui pèse encore sur les générations actuelles, où le souvenir des camps de concentration est vivant, où l’histoire est dans l’air. Je vis en France où le sol est truffé de millions d’obus et de grenades de la première guerre mondiale, qui polluent encore les nappes phréatiques et menacent la santé dans certaines régions. Malgré les différences entre ces deux pays, l’histoire douloureuse de l’humanité y est présente. J’en parle pour attirer votre attention sur la nécessité de faire face à des aléas de la vie. Quelle chance nous avons de vivre dans un pays démocratique et en paix, où l’éducation est accessible à toute personne qui en veut, où le gouvernement rembourse une partie des frais de santé, où nous profitons du nombre important des congés payés et des jours fériés ; le pays qui est la première destination touristique au monde en raison de la richesse de son patrimoine culturel, architectural et gastronomique ainsi que sa nature resplendissante ! Certes, nous vivons dans une époque instable où l’humanité fait face à divers défis écologiques, sociaux et économiques mais cela n’a rien avoir avec la vie d’un prisonnier de guerre ou d’un citoyen d’un pays sous-développé. En conséquence, toutes les chances se mettent de notre côté pour que nous déployions notre qualité de résilience encore plus. Même si les difficultés et la souffrance sont subjectives, la vie nous est douce par rapport au sort réservé à nos ancêtres. De plus, le progrès technologique nous a permis d’avoir plus de temps libre, de voyager d’une manière plus confortable et plus rapide, de vivre dans un village globale où les informations de qualité sont disponibles gratuitement à toute personne ayant accès à l’internet. C’est magique ! Nous avons déjà de la chance et notre devoir est d’en profiter encore plus, d’en être reconnaissants et d’affronter les difficultés avec dignité. En effet, les chanceux ne croient pas au monde de bisounours. Par ailleurs, j’ai pris du temps à lâcher cette croyance naïve et elle me hante encore de temps à autre ! Ceux qui attirent la chance ne sont pas épargnés par la vie de tout obstacle et en rencontrent autant que les autres. Par contre, ils savent en tirer profit et les transformer en opportunités. Comme les alchimistes, ils modifient les métaux vils en or ou comme les écologistes, ils recyclent les déchets pour leur donner une seconde vie. Ils développent une force, une résilience, une certitude que toute situation compliquée a une issue heureuse, que tout problème porte un germe d’une solution, que tout malheur n’est qu’un « bonheur déguisé ». Effectivement, chaque réussite, surtout celle d’un jour au lendemain :-), est précédée d’un long chemin jalonné d’obstacles et c’est grâce à nos échecs que nous devenons meilleurs donc il est utile de faire des erreurs, à condition d’en tirer des enseignements. Soyons reconnaissants pour tout ce que nous prenons pour acquis et renforçons notre muscle de résilience car tout est apprentissage et tout nous est bénéfique, tôt ou tard ! La vie n’est pas un fleuve tranquille, apprends à nager : si tu tombes dans l’eau, tu sortiras avec un grand poisson dans les dents !

Réseau

« Il ne suffit pas de dire aux gens : bonne chance ! Il faut la leur offrir. » ~ Daniel Boulanger

Enfin, les veinards sont des experts en réseautage, les ceintures noires en l’art de se faire des amis. Ils sont ouverts aux autres, ils accroissent constamment leurs compétences interpersonnelles, ils savent aller vers l’autre et le font avec joie. Ils attirent les autres par leur enthousiasme, leur bonne humeur. En effet, ce sont des véritables « aimants sociaux ». Ils diffusent les bonnes ondes, créent du lien social, remontent le moral de leurs camarades en détresse, en bref, ils réchauffent les cœurs et dégagent une joie de vie contagieuse. Les personnes infortunées, au contraire, soit s’isolent pour ruminer les idées noirs en cachette, soit elles distillent des humeurs toxiques, en exprimant leur négativité ou en pestant sur les difficultés et l’injustice de la vie. Elles ont le super-pouvoir d’anéantir toute expression d’espoir, de joie et de la bonne humeur dans un périmètre de 1 à 50 kilomètres selon leur puissance, en 5 à 20 minutes. Cette estimation n’est bien sûr pas sérieuse, par contre les résultats d’un sondage réalisé en France en 2010 le sont. En effet, les Français se disent être les champions en sport répondu dans le monde occidental : râler du matin au soir, tous les jours et sans exception, quels que soient les conditions météorologiques et l’état du trafic routier ! Nous sommes à 86% de nous citer comme les plus râleurs parmi diverses nationalités, devant les Italiens, les Américains, les Anglais et les Espagnols. Si vous avez envie d’avoir plus de chance dans votre vie, il est temps de remplacer cette habitude drainante et polluante par un comportement positif et léger : sourire, faire des compliments et dire « merci ». Vous pouvez même appliquer les 3 en même temps, soyons fous ! Et si vous avez envie de râler, merci de bien vouloir vous taire. La parole est d’argent, le silence est d’or. Personnellement, j’adore la prise de parole en public et j’aime échanger. Il m’arrive aussi de pester car c’est un excellent moyen de rentrer en contact, surtout le lundi matin, sur la route au bureau, quand nous avons rencontré un collègue qui est dans le même bateau ou plutôt le même train rempli à bord que nous… Mark Twain a dit : « Mieux vaut ne rien dire et laisser les autres penser que l’on est idiot qu’ouvrir sa bouche et enlever tout doute. » – c’est la devise que j’applique le plus souvent possible, avec des résultats pas toujours flagrants.. 🙂 Je tiens à préciser qu’il est important d’exprimer ses émotions et son mécontentement et il ne s’agit en aucun cas de faire semblant que le problème n’existe pas. Par contre, râler par habitude ou par manque de sujet de conversation intéressant devrait être passible d’amende ! Au lieu de ronchonner, célébrons nos réussites, exprimons notre gratitude, faisons-nous des compliments. Pour résumer, pour avoir plus de chance, développez vos capacités relationnelles. Il ne s’agit pas de gonfler son carnet d’adresse mais plutôt de mettre les gens en lien, partager des informations utiles, leur remonter la morale et si nous n’avons rien d’intéressant à raconter, tendre l’oreille et sourire, ça fait du bien à tout le monde !

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Conclusion

Pour récapituler, la chance est une compétence qui se travaille et se déclenche en quelques principes simples mais pas faciles quant à l’application : être pleinement présent ici et maintenant ; écouter son ressenti ; tendre vers un rêve ou un objectif qui nous anime ; s’ouvrir à la nouveauté et explorer de nouveaux territoires de connaissance, géographiques, culturelles, linguistiques, etc. ; garder une attitude positive vis-à-vis des autres et vis-à-vis de la vie ; développer sa résilience et sa capacité de transformer les difficultés en opportunités ; élargir son réseau et devenir un porteur d’opportunités pour les autres.

Que ’est-ce que vous pouvez faire dans une heure qui suit, aujourd’hui, cette semaine, ce mois-ci pour développer votre capital chance ? Choisissez 1 à 3 actions et inscrivez-les dans vos agendas !

  • Méditer ou faire un footing, me balader pour calmer l’esprit et être plus présent ici et maintenant ;
  • Me lever plut tôt demain matin afin de profiter pleinement de la matinée et prendre mon temps en douceur au lieu de me précipiter dès le réveil ;
  • Lire un article sur l’intuition ou m’inscrire à une formation sur ce sujet passionnant ;
  • Ecrire 3 objectifs à court ou à moyen terme, dans le domaine personnel, de santé, professionnel, etc.
  • Apprendre une nouvelle langue, une nouvelle danse, partir en voyage ou simplement choisir un trajet inhabituel pour aller au travail ;
  • Lire le livre de Christine LEWICKI « J’arrête de râler » et me donner les moyens de transformer cette habitude polluante en comportement positif ;
  • Attaquer un problème qui me prend la tête ou un évènement néfaste, un échec récent avec des questions : Qu’est-ce que cela m’apprend ? Comment je peux en tirer profit ? Quelle qualité dois-je développer pour le surmonter ? Comment faire une prochaine fois pour m’en sortir vainqueur / pour que cela ne se reproduise plus ?
  • Appeler un(e) ami(e) de longue date avec qui j’ai perdu le contact ; aller à une soirée même si je n’ai pas envie (c’est comme ça que j’ai rencontré mon copain !) ;
  • Lire un livre sur la chance (exemples en bas de l’article) ;
  • Visionner la vidéo de Philippe GABILLIET sur la chance ;
  • Partager ce que j’ai appris avec une personne qui m’est chère ;
  • Autre.

Bon vent, soyez la chance que vous avez envie de voir dans le monde !

Toutes vos questions, remarques ou suggestions sont bienvenues ! Merci de laisser vos commentaires ci-dessous. Partagez vos réflexions et surtout vos engagements, les actions que vous allez mettre en place prochainement. 🙂

Sources :

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14 réponses à “Comment apprivoiser et cultiver la chance ?

  1. Merci pour ce texte sur la « chance », chance que je nommerai tout simplement la vie. La vie quand on a décidé de la vivre… Je partage dans le plus parfait accord tes mots et ton point de vu ☺

    1. Merci beaucoup, Florent. 🙂 Yes, la vie est une chance, surtout celle que nous décidons, à chaque instant, de vivre pleinement. Pour que la force et la chance soient avec toi !! A très bientôt.

  2. Merci Paulina, Top !!
    Autant de sujets dans un seul article: c’est une chance pour nous, tes lecteurs;-)
    J’ai hâte de profiter des prochains articles…
    Félicitations pour avoir franchi ce nouveau pas… ( Il nous en fait faire des choses ce Mark Twain!!!!!)

    1. Cher Édouard, merci beaucoup pour les compliments ! Et oui, Mark Twain est une source d’inspiration puissante. 🙂 Les prochains articles arrivent sous peu, de la patience, s’il vous plaît, Monsieur, toutes vos suggestions sont plus que bienvenues ! Best of luck, have a great day! 🙂

  3. merci Paulina….

    Et bravo ! un magnifique article, riche, dense, qui nous fait voyager et réfléchir…..
    Tu connais ma position sur le monde merveilleux des Bisounours… 😉
    Mais tu t’en sort super bien !! ça fait envie…. Continue.
    Ta biblio est très intéressante…
    Une belle leçon de vie… pour entrer dans l’année 2015.
    J’espère que les Anges vont continuer à s’occuper de toi… l’aventure continue avec Volonté et Détermination 🙂
    Le monde nouveau à venir va nous mettre à l’épreuve.
    Il va falloir revoir nos modes de pensées et de fonctionnements individuels et collectifs.
    Ton article va être précieux.
    bises, à bientôt.
    Fabrice

    1. Merci beaucoup, Fabrice, d’avoir pris le temps de lire cet article jusqu’au bout – je l’espère ! 🙂

      Quel plaisir de lire ton commentaire !

      J’ai du mal à écrire peu si je me lance dans un sujet intéressant donc c’est dense, en effet..

      Des bisounours – nous en avons parlé, je pense qu’ils existent mais ils côtoient ses amis méchants : bisounours des ténèbres, d’où les mauvaises surprises de temps à autre. 🙂

      Mes anges font un excellent travail et me donnent un élan puissant pour changer mes modes de fonctionnement donc je ressens dores et déjà la dynamique que tu décris.

      Et puis, les anges mis à part (ils ont le sens du l’humour donc ils ne vont pas se fâcher!), j’ai de la chance d’être bien entourée des amis inspirants ce qui me remplie de gratitude et de confiance ; j’ai hâte de déballer les cadeaux que l’année 2015 nous réserve !

      Plein de bonnes choses à toi et à tes proches, beaucoup de douceur et de joie, à très bientôt !

      Amitiés,
      Paulina

  4. Merci Paulina pour ce texte inspirant! qui me plonge dans des réflexions… que je vais un peu partager, tiens! :o)

    Je me suis cru le plus chanceux des hommes! Et je me suis cru le plus malchanceux!
    Certains de mes plus grands malheurs auront été mes plus grandes chances car ils m’ont libéré de contraintes, d’illusions, d’obligations… évidemment il m’aura fallu du temps pour l’admettre !
    Je me suis demandé ce qu’était cette chance qui semble toucher des «élus». Elus comment et par qui?
    J’ai pensé que la chance est ce qui arrive quand on attend rien, car si on attend et qu’on travaille à sa chance, ce n’est plus de la chance, c’est « normal ». Il lui faut un petit côté surprise, cadeau de noël.
    J’ai pensé aussi que la chance fait partie des degrés de liberté de la nature ; là où elle peut établir de la diversité. Tout le monde a un nez au milieu du visage, mais pas le même! L’un aura un peu plus, l’autre un peu moins et la nature sera riche et variée.

    Notre trajectoire sur cette terre consiste à faire des expériences de toutes sortes. Des joies infinies, des drames immenses, des petits plaisirs, des tristesses insondables, des bonheurs inexprimables, des instants médiocres, des extases transcendantes, des choses anodines ou sans intérêt… nous ne sommes malheureusement pas là pour ne recevoir que de belles choses. La chance c’est peut-être la capacité de voir tout cela s’écouler dans la sérénité.

    Comme toi je pense que le monde est notre miroir. Et d’un autre côté, mon expérience de la vie me conduit à penser que nous sommes tous configurés d’une certaine façon, et que notre réglage nous conditionne sans que nous y ayions vraiment accès. D’un côté du miroir on se voit soi, de l’autre c’est opaque… mais alors où est la réalité extérieure?
    Comme dans un théâtre chacun a son rôle. L’envie, le désir ou la jalousie vont faire parfois que je vais essayer de me prendre pour un autre ; et jouer de malchance. On appelle si souvent malchance un simple désir inassouvi!
    Il m’est apparu quelques fois que les malchanceux sont ceux qui ne sont pas en phase avec les événements, vont à contre-courant de leur dynamique de vie ; ont mais vont chercher autre chose, toujours plus loin ; une herbe plus verte, plus grasse, moins amer, plus bio, etc. Comme si le merveilleux était plus ailleurs qu’ici.

    Pourquoi courons-nous après la chance? Peut-être pour combler une rupture, un manque, une perte originelle. Ce sentiment d’incomplétude est, je pense, notre abîme le plus profond. Mais ce vide intérieur est aussi notre espace de résonance. A vouloir sans cesse se remplir on se coupe de ce lieu intime où résonne l’harmonie du monde. Et à toujours courir on augmente le manque, car il n’est pas matériel, mais insaisissable, vibratoire, subtile.
    Tiens justement, si j’écoute les mots : avoir de la veine m’évoque : le retour de la vitalité exprimée par le cœur.
    Et pour chance j’entends : le bruit de fond de l’énergie de vie.
    La chance serait l’écho harmonieux d’une mélodie du cœur?

    Un jour un ethnologue demandait à un vieil indien d’Amazonie : ça sert à quoi une société humaine?
    Réponse immédiate du sage : à être heureux!
    Et la chance alors, ça rend heureux?
    On vit dans une société qui croit à la chance mais qui ne croit plus au bonheur. Sœur Emmanuelle désignant des petits chiffonniers disait : ils font les poubelles mais sont heureux, car ils sont en relation.
    Leur vie avait du sens. Mais cette chance qui élit comme au hasard donne-t-elle du sens ? C’est peut-être ce qui rend fou les joueurs au casino : il n’y a pas de sens, mais quand ça tombe ils ont l’impression d’être choisis par quelque chose d’incompréhensible, de supérieur. La chance rassure : Dieu nous donne un bon point!
    On retrouve cette angoisse chez ceux qui se vantent de leur chance. Sans doute pour se croire un peu élus, ils ne font qu’agiter leur satisfaction comme un idéal. La chance s’étalonnerait-elle en comparaison des autres? Est-ce gagner à la loterie (combien en sont devenus fous), devenir célèbre ou puissant (combien y ont laissé leur humanité), ressembler aux rêves des autres (j’en ai rencontré dont c’était le désespoir).
    Et si la chance n’était pas d’essayer de capter celle de l’autre, mais de vivre la nôtre, toute simple, d’être en vie… avec l’autre versant qui nous rassure sur la malchance : quoiqu’il arrive tout a une fin.
    J’ai eu ce sentiment lorsqu’ayant escaladé des versants malchanceux, je me suis aperçu qu’ils ne me rendaient pas malheureux. Diable! L’insaisissable nous donne autant d’attention par la malchance que par la chance : rien de pire que l’indifférence!

    J’aime cette parole du Dalai Lama : …il n’y a que des gens qui ne savent pas lire. Que nous connaissons sous la forme : ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas.
    Pour ma part, j’essaie de suivre le flux de la nature, car c’est elle la réalité, elle qui par ses lois commande à toute chose. Si on trouve l’harmonie avec elle, plus besoin de bon point.
    Le problème est qu’elle ne parle pas le français ! Si elle parle le polonais je veux bien apprendre 
    En tout cas, j’ai du mal à envisager qu’on puisse dévier le flot de la vie ; mais comme tu le dis on peut toujours apprendre à nager… si ça permet de ramer moins…

    On m’a raconté un jour à peu près cette histoire :
    Un homme rencontre une jolie femme et en tombe amoureux. Il obtient un rendez-vous. Il a de la chance.
    Elle vient et lui annonce qu’elle va se marier avec un autre. Il n’a pas de chance.
    Avec beaucoup d’esprit et d’à-propos, elle lui offre un beau cheval. Il a de la chance.
    N’ayant plus d’espoir avec la dame, il apprend à monter le cheval, tombe et se casse une jambe. Il n’a pas de chance.
    Son pays est en guerre, des recruteurs emmènent tous les hommes valides au combat, sauf lui qui est handicapé. Il a de la chance.
    Son village est envahi par l’ennemi. Il n’a pas de chance.
    La jolie femme vient se réfugier chez lui. Il a de la chance.
    Il doit fuir. Il n’a pas de chance.
    Son village est libéré. Il a de la chance.
    Et ainsi de suite…

    Alors c’est quoi la chance ? Une apparence qui se retourne avec les événements? Un balancement autour d’un point d’équilibre ? Après tout, tant de chances ou de malchances ne le sont que sur le moment. Et la chance des uns n’est pas celle des autres. Sur cette Terre il n’y a des hauts qu’à mesure qu’il y a des bas. Compter sur la chance c’est s’exposer à la malchance. Est-ce qu’après tout chercher la chance ne serait pas enclencher un déséquilibre? Essayer de changer notre personnage dans la pièce?
    Peut-être que la seule chose que nous puissions changer c’est notre façon d’accueillir tout cela.

    Le vieil indien avait tellement raison : qu’importe cette chance indomptable, si nous savons être heureux.
    Allez Paulina! en route pour le bonheur ;o)

    1. Wouah ! Merci beaucoup, Cyrille, pour ce commentaire dense et précieux. C’est un autre article ! 🙂 J’ai besoin de temps pour l’intégrer et pour pouvoir te répondre en détail ; pour l’instant, je garde l’idée que la chance est une forme de jugement dont il vaut mieux s’abstenir et que la chercher à tout prix n’a pas de sens ! Merci encore, quel plaisir de lire tes réflexions sur le sujet. A très vite pour en discuter autour d’un bon café ! 🙂

    2. Hello Cyrille,

      Enfin, j’ai lu et relu de nombreuses fois ton commentaire, quel beau texte, quelle richesse ! Merci beaucoup d’avoir partagé ta vision des choses. Je ne suis pas sure d’avoir tout bien compris, c’est du haut niveau pour moi ! Tu me lances un beau défi ! Merci de m’avoir ouvert les yeux.

      Si je résume et je développe…

      Il s’agit plus de changer sa vision du monde et ne pas mettre tout de suite une étiquette sur ce qui nous arrive car nous n’en connaissons pas les conséquences à long terme. Je dirai même plus – nous n’avons aucunement la possibilité de voir tout l’impact qu’un évènement peut avoir sur nous, sur les autres, sur le monde. Nous sommes tous connectés donc c’est ultra-complexe et notre petit ordinateur de cerveau ne pourra pas traiter ce nombre infini de données.

      Chercher la chance à tout prix peut nous séparer de nous-même, comme si nous voulions fuir notre vide intérieur. C’est une idée très intéressante qui résonne en moi (dans mon espace vide très certainement !). J’aime beaucoup ce passage (et plein d’autres !) :

      « Pourquoi courons-nous après la chance? Peut-être pour combler une rupture, un manque, une perte originelle. Ce sentiment d’incomplétude est, je pense, notre abîme le plus profond. Mais ce vide intérieur est aussi notre espace de résonance. À vouloir sans cesse se remplir on se coupe de ce lieu intime où résonne l’harmonie du monde. Et à toujours courir on augmente le manque, car il n’est pas matériel, mais insaisissable, vibratoire, subtile. »

      J’adore comment tu décris le manque : « insaisissable, vibratoire, subtile », c’est plus facile à apprivoiser, plus doux, voire beau, même si le manque a souvent des connotations négatives (encore une étiquette, changez-moi le cerveau, SVP !) 🙂

      La vie humaine est un paradoxe : nous sommes à la fois complets et parfaits et incomplets et imparfaits.. Je suis incapable de l’expliquer mais c’est comme si nous faisions l’expérience des différents états d’âme ou de conscience – OUI, je l’ai dit ! 🙂

      Ce manque en nous doit être là, présent, inclus dans notre histoire, il doit être ressenti jusqu’au bout de nos doigts, dans nos narines, dans nos veines. Pour quelle raison ? Peut-être pour qu’on puisse accueillir l’autre ? Accueillir le monde ? Quelque chose de plus grand que nos petites aspirations et nos petits espoirs ? Nous avons soif mais de… quoi exactement ? Laisse-moi deviner – de l’amour inconditionnel que nous ne pouvons pas ressentir à 100% car il dépasse nos capacités spirituelles.. Sauf peut-être celles de Dalaï-Lama ou de sœur Emmanuelle ? Ce sont de belles exceptions qui confirment la règle. 🙂

      Oui, la chance, c’est surtout une capacité à vivre en harmonie avec l’univers, ni trop, ni moins. Une reconnaissance pour tout ce qui nous arrive, pour la vie et ses expériences de couleurs différentes. Un profond sentiment de gratitude pour chaque respiration et pour l’énergie vitale qui circule librement en nous à chaque instant de notre vie. Ce n’est pas ça, le bonheur ?

      Tu connais certainement cette belle citation d’Albert Einstein : « Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle. »

      Oui, je crois aux miracles et je crois au bonheur. Je suis peut-être naïve et ça me va !

      Bisous à toi, que la force et la veine soient avec toi pour toujours !

      Merci pour cet échange précieux et inspirant, autour d’un verre d’eau, pour ma part. 🙂

      A très vite pour discuter et danser ensemble, j’y serai la semaine prochaine, Inch’allah! 🙂

      1. Quel plaisir d’avoir le sentiment d’être écouté et compris! Cela devient rare par les temps qui courent… Alors que tous courent après le temps, il est rare que l’on se consacre du temps tout court!
        C’est ici un peu comme à l’époque où les anciens s’envoyaient de grandes lettres, prenaient le temps d’écrire et d’attendre une réponse. C’était comme un univers qui se tissait à deux. Aujourd’hui on a ouvert à d’autres en parallèle et tant mieux, mais la rapidité des échanges les a vidés du temps de réflexion et de construction de cet univers partagé… tant pis.
        Tu crois aux miracles et au bonheur? Ok je te suis : j’y crois aussi!

        Je ne t’envoie pas une bise parce que c’est l’hiver et qu’il fait déjà assez froid, je te fais un zéphyr sur chaque joue, c’est plus doux et chaud!

  5. Bon Paulina, tu écris pas aussi bien que moi en français…mais t’es très proche. Tellement proche qu’en fin de compte, tu dois écrire mieux que moi 😉
    Il est super ton post. Tu emploies plein de jolis mots. Tu me fait rire quand tu utilises des expressions comme « ceux qui ont la baraka » et « ils ont de la veine » !
    D’ailleurs je crois que c’est la première fois de ma vie que je vois cette expression à l’écrit !!
    Si on me l’avait demandé, je crois que j’aurais bloqué sur l’orthographe potentiel de « veine » !!
    Je vais lire « le sabar » maintenant…

    1. Merci, Grégory, tu me fais rire aussi. 🙂

      Je suis une éternelle débutante en langue française ce qui me permet de jouer avec des mots ; si je repère une nouvelle expression, j’ai immédiatement envie de l’utiliser pour mieux l’intégrer et avoir l’air intelligent. 🙂

      Merci d’avoir pris le temps de lire ce texte et d’autres peut-être aussi !

      Ton feedback est toujours bienvenu et j’espère en discuter très prochainement ; je ne sais toujours pas où mais est-ce important ?

      À bientôt,
      Paulina

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